lundi 17 janvier 2011
Mini Mansions - Mini Mansions (2010)
Chaque sortie chez "Ipecac Recordings" est un petit évènement. L'idée de base est simple, "Ipecac" se refuse de produire un genre ou style musical prédéfini. Chaque groupe labellisé "Ipecac" doit proposer une expérience unique et inédite. Pratiquement, cela donne souvent des albums terribles mais pas forcément faciles d'accès.
Et puis, il y a les pépites : le genre d'albums qui sont capables d'envoyer se faire voir ce qui s'est fait de mieux pendant 20 ans et d'ouvrir une nouvelle perspective au monde musical. Dans le monde de la Pop, "Mini Mansions" est de ceux-là ! Exit Blur, Oasis, et les autres. Voici enfin le seul candidat sérieux pour panser la plaie laissée par la traumatique séparation des Beatles en 1970.
En douze titres, Mini Mansions réanime la pop et donne vie au digne successeur de "Abbey Road". A l'écoute, tout est clair, pas la moindre hésitation, l'opération est un succès. Ces chirurgiens sont bel et bien des artistes. Dès les premiers instants, ils investissent le bloc opératoire sans trembler face à l'ampleur du défi qu'ils se sont fixés. Alors que le travail de boucher commis par une interminable liste de formations prétendantes au titre en aurait glacé plus d'un, les Mini Mansions eux ne prétendent à rien, et c'est tant mieux! Il n'y a aucun calcul d'égo ou d'orgueil dans l'opération du trio américain, ils retrouvent alors tout le naturel et le charme qui opérait chez les divins anglais. Passée l'introduction, "The Room Outside" est époustouflant tant le trio semble maîtriser son sujet. En plus de rappeler les meilleures heures du quatuor de Liverpool, Mini Mansions convoque les Queens Of The Stone Age (Michael Shuman, ici à la guitare, à la batterie, au clavier et au chant est aussi bassiste de QOTSA depuis 2007). Leur pop en sort rafraîchie, scintillante, et même avant-gardiste sans pour autant concéder sur son audibilité.
L'opération se poursuit dans l'évidence, Wunderbars évoque "Because" et passé Vignette#2, Mini Mansions nous rappellent que leur musique appartient au 21eme siècle, que cette époque compte des groupes comme Battles, Chrome Hoof... La fin de "Majik Marker" aurait pu être l’achèvement d'un album déjà bien rempli. Il n'en est rien.
Les trois derniers titres d'une beauté noire et enivrante énoncent le constat de conclusion, même les meilleurs chirurgiens ne viendront jamais à bout de ce type de traumatisme. L'opération est techniquement un succès, mais il y a 40 ans déjà, la vie avait quitté le corps des Beatles pour se loger ailleurs. "Mini Mansions" est un album nécessaire, abouti, et conclusif. La musique ne trouvera pas d'échappatoire dans le culte des idoles passées, voilà ce que laissent entendre les américains. Une démonstration par l'absurde donc, mais d'une classe inégalée, intégrale et sacrément délectable.
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