C'était en 2004, le premier album des Arcade Fire intitulé "Funeral" rencontrait un succès critique colossal propulsant la troupe sur le devant de la scène avec la lourde charge de "sauver le rock".
Six ans plus tard, Arcade Fire n'a pas sauvé le rock. Leur deuxième album "Neon Bible" ayant eu pour mission de combler les attentes toujours plus lourdes de la presse et du public, a (forcément) déçu. Le parcours est quasi identique à celui, quelques années plus tôt, des Strokes, à la différence près que "Is this it?" méritait peut-être plus le déchaînement qu'il a suscité.
Bref, nous voilà en 2010, avec le troisième opus d'un groupe qu'on avait un peu oublié, perdu dans la soupe tiède que nous verse sans vergogne la majorité des stations fm.
Et pourtant, Arcade Fire sort son meilleur album à ce jour. Comme libéré de l'agitation médiatique qu'il avait alors suscité, le groupe se retrouve autour de chansons solides, riches et subtiles. Négociant un petit retrait de chacun de ses membres au profit de ses chansons, l'album en ressort plus unifié. On ne compte pas les tubes potentiels (Modern Man, City With No Children, Suburban War, Empty Room) et déjà avérés (We Used To Wait, Ready To Start et The Suburbs).
Les autres chansons ne sont pas en reste. Month Of May et Empty Room sont taillées pour la scène et rappellent beaucoup certains titres de "Funeral" : Wake Up et Neighborhood 3 (Power Out) entre autres. Arcade Fire compte s'installer sur la durée et, bien qu'il évolue, ne renie jamais son passé.
D'autres titres plus intimistes comme Deep Blue et Sprawl 1 ajoutent de nouvelles couleurs à un album déjà bien complet et nuancé. Sprawl 2 et sa touche electro un brin démago nous dirige droit vers la sortie. The Suburbs (Continued) clôture l'album pour mieux rappeler là où on l'avait démarrer avec ceci en plus que l'intimisme quasi poétique d'Arcade Fire y côtoie des nappes de synthés proches de Badalamenti, et une rythmique moderne, parfois froide mais jamais outrancière.
En somme, Arcade Fire livre un album riche et fin, qui relève haut la main le défi de l'écoute en boucle. "The Suburbs" se révèle à chaque nouvelle écoute et nous livre de nombreuses et subtiles trouvailles inaperçues jusqu'alors.
N.